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« Programmer est une activité de création qui m’est indispensable »

« Programmer est une activité de création qui m’est indispensable »


Entretien avec Yann Armand

 

A Choose Your Boss, on milite pour avoir la possibilité de rester développeur après 35 ans. On a donc choisi de contacter Yann Armand, actuellement basé chez Yammer à Londres, après avoir travaillé pendant 7 ans pour les californiens de Xinet. Son expérience nous a parue intéressante, c’est pourquoi on lui a posé quelques questions sur la façon dont il appréhendait le métier de développeur, sur l’évolution de la fonction au fil du temps et au fil des cultures. Il nous a donné son avis.

 

##Quel est ton parcours ?

«  J’ai commencé à m’intéresser à l’informatique adolescent, au début de la micro. Il n’y avait pas grand-chose d’autre à faire à l’époque avec ce genre de machine que d’inventer les manières de s’en servir en programmant en Basic. Mes études se sont terminées par un DEA en informatique, aujourd’hui l’équivalent d’un master recherche.

J’ai ensuite travaillé pour quelques petites structures dont l’intégrateur Français du serveur pré-presse de Xinet. Ceci m’a permis d’être par la suite engagé par cette compagnie californienne, pour laquelle j’ai travaillé à domicile pendant les 7 dernières années.

Depuis 2011, j’ai développé mon identité numérique et j’ai participé à la vie de la communauté Ruby bordelaise. C’est grâce à cette présence sur le réseau que j’ai été repéré par Yammer fin avril. Cette société de réseau social d’entreprise ouvrait une section d’ingénierie dans son bureau londonien, j’ai décidé de tenter l’expérience. »


##A la sortie de l’école, tu étais voué à occuper une fonction technique ou l’as-tu fait par choix ?

« Le problème ne s’est pas vraiment posé en ces termes, le financement externe que j’avais choisi pour ma thèse étant tombé à l’eau lors de l’explosion de la première bulle internet, j’ai pris le premier boulot qui passait. »

 

##En France, les développeurs de plus de 35 ans sont de plus en plus rares. Comment l’expliques-tu ?

« Je pense qu’il s’agit principalement d’un problème d’approche dans l’enseignement. Nous sommes restés bloqués sur le schéma d’une informatique faite par de grosses SSII pour des grands comptes. Dans ce schéma à géométrie verticale, le management a une part importante, ce qui conduit à développer chez les élèves d’excellentes capacités de raisonnement mais à délaisser le génie logiciel. Malheureusement ce schéma vit ses dernières années, la demande de programmeurs explose et nous ne sommes pas les meilleurs dans ce domaine. »

 

##Pourquoi as-tu choisi de rester développeur plutôt que d’évoluer vers un poste de chef de projet ?

« Mon choix pour ce métier s’est fait par passion, sans souci de carrière. Je fais tous les jours des choses que j’adore et Internet se charge de nourrir ma curiosité. Avec le temps, la plupart de mes amis d’école sont passés sur des postes de management, pendant que je continuais à développer mon savoir-faire en programmation. Je regrette parfois de ne pas savoir animer une équipe ou gérer le relationnel client. Au final, aujourd’hui je me sens capable de prendre en main n’importe quel sujet, de la rédaction d’un driver pour le noyau Linux en C, jusqu’à l’élaboration d’un Domain Specific Language en Ruby, en passant par l’administration système Unix. Ceci a une valeur marchande importante qui me permet de travailler à Londres la semaine et de retrouver mon sud-ouest tous les week-ends. »

 

##Selon toi, un chef de projet doit-il forcément avoir un background technique plus que managérial ?

 « La tendance actuelle est aux petites entreprises ou aux plus grosses structures qui adoptent des méthodes agiles. Pour ces deux cas on retrouve des situations de micro-management dans lesquelles le manager endosse le rôle de mentor plutôt que celui de prescripteur. Les qualités techniques et l’expérience sont alors indispensables pour installer la confiance. »

 

##Le développeur doit renouveler sans cesse ses compétences pour se maintenir au niveau. Comment fais-tu pour rester compétitif ?

 « C’est très simple : 25% de mon temps est de la veille techno. Dans ces 25%, une moitié est consacrée à la découverte de nouvelles choses, l’autre au test effectif des plus intéressantes. Le renouvellement n’est pas suffisant, il faut aussi dépasser le niveau moyen sur les sujets les plus attirants. Un très bon moyen de faire cela est de participer à des meet-ups et de faire des présentations le plus souvent possible. Cela vous obligera à aller plus loin pour être capable de soutenir les questions et de comparer vos impressions avec celle des autres. »

 

##Tu travailles sur quelles technos en ce moment ?

« Chez Yammer notre application possède un cœur en Ruby on Rails et une interface utilisateur Javascript/html. Comme nous avons un nombre conséquent d’utilisateurs (5 millions) nous nous appuyons sur diverses techniques de caches à l’échelle des données ou des requêtes elles-mêmes. Certaines parties critiques de gestion des données et l’analyse statistique sont codées en java/scala. Nous faisons un usage intensif de git pour le travail collaboratif, ainsi que pour le déploiement sur nos différents environnements. »

 

##On parle beaucoup du schéma américain dans le secteur de l’IT, qui dénote avec le schéma traditionnel. Comment pourrais-tu le décrire et comment le ressens-tu de l’intérieur ?

 « La dichotomie développeur/manager est moins présente chez les californiens. Le management n’est pas un métier en soi mais une fonction. Par exemple chez Yammer, nous constituons une nouvelle équipe pour chaque nouveau projet. Cette équipe est composée de backgrounds différents en fonction des besoins spécifiques du projet. Un des développeurs aura le rôle de techlead pour la durée du projet, c’est à lui qu’incombent les tâches d’animation et de reporting. En fin de projet, l’équipe est détruite. Ceci permet à chacun d’exercer le rôle de manager à un moment ou à un autre, de travailler avec des gens différents, sur des choses différentes. L’autre énorme avantage est le fait que le support ne sera pas assuré par les développeurs d’un projet, mais par une équipe tournante. Ceci pousse vers le haut la qualité du code car on code pour ses coéquipiers. »

 

##Le métier de développeur doit-il évoluer en France ?

« Si nous ne cessons pas de former des chefs de projet au profit de véritables programmeurs, nous allons perdre notre secteur informatique comme nous avons perdu notre secteur industriel. Je connais trop de chefs de projet qui n’ont jamais vraiment confronté leurs connaissances théoriques à la réalité du déploiement vers des utilisateurs réels. La gestion de projet n’est pas une chose très difficile quand on s’appuie sur des méthodes éprouvées. Tout programmeur peut devenir chef de projet en quelques années, c’est d’ailleurs la pratique outre atlantique où les managers sont issus du personnel technique, et ceci pour 2 raisons : la connaissance approfondie du métier, et la propagation de la culture de l’entreprise. Cette dernière notion étant assez peu comprise en France. »

 

##Quels sont tes projets pour les années futures, comment vois-tu ton avenir pro ?

« Pourquoi planifier ? Je travaille dans un secteur hautement volatile. Je cherche juste à rester bon dans ce que je fais ou aimerais faire et je le fais savoir. Ensuite je me laisse guider par les opportunités. »

 

##Si tu en as l’opportunité, tu te vois développeur dans 10 ans ?

« Bien sûr : je ne programme pas pour manger mais parce que c’est une activité de création qui m’est indispensable. Peut-être que dans 10 ans je ferai plus de management, mais je conserverai une activité de programmation, au moins dans l’open source. »

 

##Un conseil pour les jeunes développeurs qui espèrent l’être encore dans 15 ans ?

« Vivez votre code aujourd’hui, faites-vous plaisir et soyez exigeants avec vous-même. Gérez vos projets par le technique, en regard des aspects fonctionnels pour l’utilisateur final. »

Merci beaucoup à Yann d’avoir répondu à nos questions. Retrouvez-le sur Twitter : @yarmand

CYB

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